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Introduction à la culture des aborigènes d’Australie

coucher de soleil qui represente le drapeau aborigene
Temp de lecture approximatif : 8 minutes et 40 secondes

La culture des aborigènes d’Australie, c’est large ! Voilà quelques légendes aborigènes Wurundjeri et Kulin pour mieux comprendre la création, le temps du rêve, les êtres ancestraux, les paysages et les pratiques des premiers hommes d’Australie.

Avant notre arrivée en Australie, nous voulions découvrir la culture aborigène. Malheureusement, on s’est vite rendu compte qu’il était difficile de trouver des informations explicites. À part sur internet, quelques reportages très spécifiques sur les révoltes contre les colons ou sur la surveillance des aborigènes dans les années 70, il n’y a pas plus d’explications en profondeur sur leur culture, leur tradition et leur mode de vie.
On voulait voir le peuple de « 10 canoés, 150 lances et 3 épouses » que racontait magnifiquement David Gulpilil.

Une fois sur place, on s’est rapidement rendu compte que les aborigènes n’avaient plus beaucoup de place dans l’Australie moderne et industrialisée. En fait, en trois semaines à Melbourne, on n’est pas sûr d’en avoir croisé un seul !
Donc, c’est au musée national de Melbourne, qui abrite le centre culturel aborigène Bunjilaka, qu’on a pris notre première leçon australienne de culture aborigène et qu’on a découvert les pistes pour écrire cet article.

Le commencement :

Au commencement, les aborigènes d’Australie sont originaires d’Asie, lorsque les continents se touchaient, il y a plus de 40 000 ans. La nature a fait son œuvre et les a enfermés sur cette grande ile de l’Océanie. Ils ont vécu tranquillement jusqu’il y a un peu plus de 200 ans, quand les Anglais sont arrivés.
Ça, c’est l’explication scientifique et factuelle, très résumée. Mais nous, travailleurs sociaux et globe-trotters humanistes, on voulait en savoir plus…

Une énorme diversité de culture sur toute l’Australie

representation de Tribu aborigene en ombre. photo prise au musee de MelbourneLe peuple aborigène c’est environ 400 tribus sur tout le territoire australien. Chacune possède des coutumes spécifiques et sa propre langue, ou presque.
(Tu trouveras facilement une carte des tribus aborigènes australiennes, sur Google, mais malheureusement les droits d’auteur ne nous permettent pas d’en afficher une ici.)
Les aborigènes n’ont pas de bible. Leur spiritualité est « écrite » dans le territoire sur lequel ils vivent. Elle se transmet oralement de génération en génération.

L’Australie est gigantesque, il y a donc une multitude de « bibles » différentes… et de cultures différentes. La culture aborigène n’est pas unique.
Pour ces raisons, il est difficile, aujourd’hui de découvrir la culture aborigène.
Il y a malgré tous des points communs à tous les mythes aborigènes.

L’homme est toujours considéré comme une composante de la nature. Il n’est en rien supérieur au kangourou ou au spinifex, on fait tous partie d’un tout.
Et donc, tout ce qui est pris à la nature doit lui être rendu.
Dans cette idée, les aborigènes ne conçoivent pas la propriété. Puisqu’on n’est pas supérieur à la nature, personne ne peut être propriétaire d’un morceau de cette dernière. Pour eux, les êtres ancestraux permettent aux hommes d’utiliser les ressources de la terre, mais en aucun cas, il n’est question de se l’approprier.
L’homme tue ou ramasse seulement ce dont il a besoin. Ce n’est pas dans la culture aborigène de faire des réserves ou d’accumuler inutilement.

Ce respect de la nature sous-tend toutes les cultures aborigènes.

Wominjeka : La cérémonie de bienvenue

Les aborigènes qui vivaient aux alentours de Melbourne s’appelaient les Wurundjeri.
Pour souhaiter la bienvenue aux nouveaux arrivants sur leur terre, ils pratiquent une cérémonie appelée Wominjeka.
Joy Murphy Wandin, une ainée de la communauté Wurundjeri explique cette cérémonie et sa signification en vidéo. La traduction du contenu de la vidéo est juste en dessous pour ceux qui le souhaitent.

Traduction de Wominjeka en français : cliques ici

Joy Murphy explique qu’il s’agit d’une cérémonie de purification par la fumée.
Elle consiste à bruler, ensemble, des feuilles de mana gum (ndlr : un type d’eucalyptus du Victoria important pour les Wurundjeri).
La cérémonie symbolise un retour des esprits à la nature. C’est aussi une forme de purification, une façon de rendre ce qui nous a été donné.
Parfois, il faut se séparer des choses dont on n’a pas besoin, pour revenir à l’essentiel.

Quand on vient sur les terres anciennes, c’est important de préserver ces terres des choses des gens et de retourner les esprits des ancêtres à leur terre.
La façon dont on invite un visiteur dans le pays des Wurundjeri est de partager, avec lui, une branche. Celui-ci prend une feuille et la brule.
Ce partage signifie que tu es le bienvenu de la part de tout : depuis la cime des arbres jusqu’aux racines de la terre.
Accepter cette invitation signifie que le visiteur se joint au Wurundjeri pour communier avec l’esprit des ancêtres, qui prend soin de la terre depuis des milliers et des milliers d’années.

En quelque sorte, partager cette pratique, ici, n’a donc pas vraiment de sens, mais c’est un beau commencement, et c’est aussi, une sorte d’engagement, dans cet article, à respecter les traditions et les lois des Wurundjeri.
Je t’invite à réfléchir à cette vidéo et à cette introduction, avant d’aller plus loin et de découvrir un peu plus en profondeur la culture aborigène.

La création : le (temps du) rêve et les êtres ancestraux.

la lune et une planete, la presence des etre ancestraux aborigene autour de nousLes croyances du peuple des aborigènes d’Australie commencent par l’origine du monde : le rêve aussi appelé « Dreaming time », littéralement le temps du rêve. Mais contrairement à ce que la traduction littérale peut suggérer, le temps du rêve existe toujours aujourd’hui. C’est un peu comme une autre dimension qui interagit avec la nôtre.
Le rêve est peuplé d’êtres ancestraux (« ancestral being ») qui sont à l’origine de tout ce qui existe. Ces personnages mythologiques ont tout créé : la nature, les hommes, les animaux et le fonctionnement de tout cela.
Le point important, c’est que ces êtres ancestraux influencent encore le monde d’aujourd’hui. Ils sont, en quelque sorte, les esprits de la nature présents en toute chose.
Chaque tribu s’identifie, particulièrement, à un être créateur du rêve. Cet être, comme un totem, a créé l’endroit où ils vivent et les particularités de celui-ci.
Ensuite, d’autres mythes, avec d’autres êtres ancestraux, racontent comment vivre sur la terre : de quoi se nourrir, à quelle période, quelle est la place de chacun dans la vie de tous les jours…
Les histoires de ces êtres ancestraux étaient racontées à travers des mythes, dessinées dans les peintures aborigènes, mais aussi intégrées dans des cérémonies qui se déroulent au rythme des saisons. Ces dernières sont des mises en scène de certaines légendes et marquent des évènements particuliers dans l’année (la récolte des fruits, la chasse de certains animaux…)

Une initiation précoce

L’apprentissage de la tradition aborigène, des significations de mythes et cérémonies, se faisait dès le plus jeune âge au rythme de la nature.
Au fur et à mesure de son existence, l’enfant, qui devenait adulte, apprenait, avec l’aide des plus anciens, petit à petit, à saisir la complexité et les messages plus profonds des différentes histoires. Ces dernières ont l’air assez simples, à première vue, mais sont en réalité très riches en apprentissages pour les initiés.
Pour illustrer un peu cela, nous allons nous centrer sur les peuples qui vivaient aux alentours de Melbourne.

Les aborigènes de Melbourne : la nation Kulin

D’abord, quelques présentations.
À Melbourne, il y a les aborigènes Wurundjeri. Autour d’eux, il y a les Wathaurong, à l’ouest, vers Geelong, et les Bunurong, dans la baie de port Philip. Un peu plus au nord, à l’intérieur des terres, il y a, à l’ouest, vers Bendigo, les Dja Dja Wurrung et vers l’est, dans les montagnes, les Taungurong.
Tous ensemble, ces peuples formaient la nation Kulin.

Êtres ancestraux et mythes des Wurundjeri

Pour les aborigènes de la nation Kulin, Bunjil est le premier être ancestral. Il a la forme d’un aigle et d’un humain.
C’est lui qui a créé la terre, les arbres, les oiseaux, les animaux…
Un jour, il a sculpté un homme dans la boue des bords de la rivière et il lui a ensuite soufflé la vie. Le premier humain était né.
Puis, le frère de Bunjil, Balayang la chauve-souris, a sculpté la femme. Le premier homme n’était plus seul.
Par la suite, d’autres êtres ancestraux arrivent : entre autres les deux femmes de Bunjil et son fils (Binbeal, l’arc en ciel).
Bunjil est, aussi, assisté par des sortes de shamans. Ils représentent les différentes tribus Kulin et ont la forme entre autres de faucons, d’opossums et de perroquets.

L’histoire de la création de Birrarung

J’ai trouvé une vidéo de l’histoire de la création de Birrarung (la rivière Yarra qui coule à Melbourne). Elle est racontée en woiwurrung (la langue des Wurundjeri) et sous-titrée en anglais.
Je l’ai traduite en français juste en dessous.

Traduction de la création de Birrarung en français : cliques ici

« Un jour, alors qu’ils jouaient dans le bush avec leur lance en essayant d’attraper des oiseaux, deux garçons virent un vieil acacia.
Ils aimaient la gomme et particulièrement celle d’acacia qui était collante et très bonne à mâcher.
Un des garçons dit à l’autre : “Reste ici, je vais grimper dans l’arbre et je te lancerais la gomme”. Il s’exécuta, mais quand la gomme tomba sur le sol, elle disparut.
Le jeune garçon resté au sol regarda aux alentours et vit un petit trou. Il y planta sa lance.
Un gémissement sortit du trou et le garçon, apeuré, fit un bon en arrière.
Le sol bougea et un vieil homme grand et horrible sortit de la terre. Des boules de gomme lui sortaient de la bouche.
Le vieil homme attrapa le jeune homme effrayé et l’emporta en trainant les pieds sur le sol. Ses pieds étaient très grands et faisaient des traces très profondes dans le sol.
Le jeune garçon criait et pleurait. Petit à petit, ses larmes remplirent la trace. Bientôt, ce fut un ruisseau et puis une rivière pleine de larmes.
Bunjil, l’aigle, entendit le garçon crier. Il prit un rocher aiguisé et le lâcha sur le vieil homme. Le rocher coupa le pied de ce dernier et il tomba. Le garçon, rapidement, nagea à travers la rivière pour retrouver sa famille et sa maison.
Le Birrarung de la vie coule toujours aujourd’hui. »


Si les légendes aborigènes t’intéressent, n’hésite pas à jeter un œil la chaine vimeo Ngulu (https://vimeo.com/ngulu), il y en a quelques autres racontées de la même façon.
Malheureusement, ce n’est pas facile de trouver des légendes bien racontées (et illustrées).

L’histoire de la création de la baie de Port Philip

En 2000, lors des célébrations de la réconciliation, Carolyn Briggs, une ainée du peuple Boon Wurrung, a raconté une autre légende que j’aime aussi beaucoup.
« Dans le temps passé, la terre de Melbourne s’étendait jusqu’à l’océan. La Baie de Port Philip était plate et les Boon Wurrung y chassaient le kangourou.
Un jour, le chaos est arrivé. La guerre entre les Boon Wurrung et les autres tribus de la nation Kulin faisait rage. Les enfants étaient négligés, les plantes étaient négligées, les animaux étaient tués sans être mangés, les poissons-captures pendant le frai…
Le chaos grandissait et, un jour, la mer s’est mise en colère. Elle a commencé à s’élever jusqu’à couvrir toute la plaine et menacer d’inonder tout le pays.
Le peuple est alors allé voir Bunjil pour lui demander d’arrêter la montée des eaux. Mais Bunjil leur a répondu qu’ils devaient changer leurs façons de vivre s’ils voulaient être sauvés.
Le peuple a réfléchi et promis de suivre Bunjil et de respecter ses lois.
Ce dernier est sorti avec sa lance et a arrêté la montée des eaux.
[…]
Bunjil a enseigné aux hommes à toujours accueillir les visiteurs, mais, seulement, en échange de la promesse d’obéir aux lois de Bunjil et de ne pas nuire aux enfants de la terre de Bunjil.
[…]
L’esprit du créateur veille toujours sur la ville de Melbourne ! »
Le discours complet (en anglais) se trouve ici.

Les légendes aborigènes retracent exactement les évolutions de la nature.

Au-delà du sens politique fort de ce discours, ce mythe raconte aussi les évolutions géologiques du territoire.
Et étonnamment, même si certains récits peuvent paraitre très simples ou enfantins, beaucoup d’entre eux sont des images exactes des territoires d’autrefois.
Des scientifiques ont comparé les descriptions de paysages des mythes aborigènes avec ce qu’ils savent des paysages du temps passé. Il s’avère que ces descriptions sont rigoureusement exactes et permettent de retracer l’évolution des paysages jusqu’à au moins 7 000 ans en arrière.
(Consulte l’article en anglais, ici.)

Paysage de montagne et de plaine ou vivaient autrefois les aborigenes d'australie

Certains mythes, souvent des chants sacrés, sont aussi des cartes très précises des régions. La route à suivre entre deux endroits en se repérant grâce aux éléments du paysage, les endroits où trouver de l’eau, de la nourriture…
Les aborigènes n’avaient pas besoin de GPS, ils avaient des chansons. 😊

Conclusion

Le centre culturel aborigène Bunjilaka du musée de Melbourne nous a permis de comprendre un peu plus la culture des aborigènes, mais ce n’était qu’une introduction. Il semble que pour en apprendre davantage, il faudra du temps et de la patience. Comme tu l’as maintenant compris, la culture aborigène n’est pas un livre qu’on lit pour en retenir les leçons.

La culture aborigène est un chemin de vie qu’il faut vivre (et donc, d’abord découvrir…), en accord avec la nature.

Cela dit, même si personne ne le dit, il semble bien que le mode de vie et la culture des aborigènes, qui a existé jusqu’à il y a 200 ans, aient été profondément modifiés.
Il y a bien des initiatives locales qui tentent de faire revivre et connaitre la culture des origines, mais, ici dans le sud-est de l’Australie, les Anglais ont l’air d’avoir très bien accompli leur travail de colonisations.
On se demande, aujourd’hui, ce qu’il reste de cette culture aborigène.
Cette découverte sera un de nos objectifs en Australie !
Soit certains qu’on restera attentif, qu’on tentera d’en savoir plus sur la situation actuelle des aborigènes australiens et qu’on te racontera toutes les légendes qu’on trouvera sur notre chemin.
Qu’en penses-tu ? Connais-tu, toi aussi, des légendes aborigènes ?

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