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Mon handicap de l’amitié : lettre à ceux qui sont loin

dune du pilah
Temp de lecture approximatif : 4 minutes et 59 secondes

Je suis voyageur, solitaire et handicapé de l’amitié. Je suis probablement handicapé social, aussi, mais ça, je ne le considère pas vraiment comme un problème…
J’ai des amis en Belgique, en France et un peu partout sur la route, mais entretenir la relation est quelque chose de très difficile pour moi. En fait, je n’arrive pas à leur donner des nouvelles…
Aujourd’hui, je voudrais essayer de leur expliquer pourquoi…

Dans la vie de tous les jours, même à l’autre bout du monde, il y a, toujours, un petit détail, une situation, une odeur, un moment ou simplement une date, qui me fait penser à un ami.
À ce moment, je me demande comment il va, j’espère que sa vie est agréable et qu’il devient ce qu’il souhaite.
Mon handicap de l’amitié n’est vraiment pas parce que je ne pense pas à eux, c’est plus compliqué…

Ce n’est pas nouveau…

Déjà avant d’être voyageur à plein-temps, c’était comme ça. Aujourd’hui, la distance est encore plus grande et les choses encore plus difficile…
Dès le départ, je vois une longue série d’obstacles : des plus surmontables, comme le décalage horaire et la peur de déranger, et des plus compliqués, comme qu’est-ce qu’on va se dire alors qu’on vit dans des réalités et des choix de vie très différents…

Ce n’est pas par désintérêt pour mes amis et pour l’autre que je n’appelle pas. Au contraire, je suis soucieux du bonheur de mes proches, mais un appel téléphonique, c’est tellement court et impersonnel. On va probablement se raconter ce qu’on a fait ces derniers jours ou les grands évènements du mois. Mais ça me parait tellement superficiel quand ce qui m’intéresse vraiment c’est ce que ces amis deviennent…

Peut-être que mon handicap, c’est cela. Ne pas avoir assez de patience pour se voir évoluer chacun de notre côté et ne pas savoir communiquer sur ces choses plus importantes.

Mais ça me frustre

Avec le temps, j’ai remarqué que certains se l’expliquent et acceptent ce handicap de l’amitié. D’autres ne le comprennent pas, mais font avec.
Et d’autres, encore, ne le comprennent pas et m’en veulent un peu (même si dans le fond, ils râlent pour le principe et qu’ils savent que chaque fois qu’on se revoit, on passe toujours d’aussi bons moments).

Ce que je considère comme un handicap est amplifié par la distance.
C’est d’autant plus frustrant de découvrir que l’un ou l’autre traverse des périodes difficiles alors que je ne suis pas présent pour le supporter, l’aider à passer le cap ou simplement le faire penser à autre chose le temps d’une soirée…

Depuis presque 4 ans, j’ai quitté mon pays. Depuis plus de 2 ans, on est parti à l’autre bout du monde.
Pendant ce temps, il y a eu au moins 3 naissances, 3 ruptures, un suicide, un burn-out, une nouvelle maison et je n’ai jamais rencontré la nouvelle compagne d’un ami… sans compter ce que je ne sais pas…
Alors, 4 ans, c’est long quand on est loin !

Est-ce que le temps aura changé les choses

Lors de mes voyages précédents, plus courts, on s’est toujours retrouvé, mais je ne peux pas m’empêcher de redouter le jour où je rentrerais encore une fois.
Est-ce qu’ils prendront le temps de me voir ? Est-ce que le temps aura changé des choses ? Est-ce qu’on arrivera encore à se comprendre ?
Ce sont des questions que je ne peux pas m’empêcher de me poser.

Exprimer ses sentiments quand on est loin est encore plus dur…

Aujourd’hui, même si ce n’est pas la façon dont vous souhaitez que je vous le dise, je vous le dis à tous, je pense à vous !
Aujourd’hui, même s’ils ne me liront peut-être pas (ou pas tout de suite), je le pense très fort et j’espère que vous le sentirez, je vous aime et j’espère que tout va bien !

Je n’ai pas écrit cette lettre en quelques heures

En fait, au début, je n’avais pas envie d’afficher ça sur internet… J’ai écrit ce texte, pour moi, après avoir fait une promenade en quad dans le mud flat australien, il y a presque un an.
Émilie est tombée dessus par hasard et m’a poussé à le publier.

Bref, dans ce fameux mud flat, je pensais à la phrase de Christopher McCandless (le héros de tout voyageur, Alexander Supertramp, le personnage d’« Into the wild ») qui disait « Le bonheur n’est réel que s’il est partagé ».
Je ne suis pas vraiment d’accord.

Le bonheur, ça se vit !

Au milieu de ces espaces sauvages, de ces paysages magnifiques, remplis de sensations qui émoustillent tous mes sens, je pense que mon bonheur, je le vis seul. La sensation de plénitude est réelle ! Mais comment faire pour partager ce genre de ressenti ? Comment décrire l’expérience d’un feeling instantané et complètement unique ?

Pour moi, le bonheur, c’est vivre l’âme d’un endroit ou d’une personne. C’est se sentir tout petit au milieu d’une nature, d’une ville ou d’éléments qui change à chaque moment, qu’on regarde, qu’on sent, qu’on touche…
C’est un moment d’immersion complète, en tant qu’acteur ou juste spectateur d’une situation. C’est ce moment où on est connecté à 200 % avec ce qui se passe autour de nous…
Mais, le bonheur, c’est un moment qu’on vit chacun pour soi…
(Il m’est arrivé même d’être heureux en faisant des jobs 200 % alimentaires et en travaillant 14 h/jours.)

Mais, comment exprimer ce bonheur ?

Parfois, je me dis que j’essaye de retranscrire cette sensation dans mes photos.
Mais ce n’est qu’un reflet sans intensité.
L’excitation créée par l’enchaînement de la couleur d’un ciel, l’harmonie du tracé d’une route, d’une rivière au milieu de rien, ou encore d’une architecture improbable et électrisante est bien trop complexe pour que j’arrive à l’imprimer sur une photo…
Et je ne te parle pas des odeurs, de la fatigue ou du sentiment incroyable d’avoir gravi la montagne…

Sans le savoir, tu es avec moi à l’autre bout du monde

Au départ, le blog, c’était une manière de me forcer à fixer tout notre périple, pour ne pas oublier.
Mais au fur et à mesure du temps, je me demande dans quelle limite, ce n’est pas également un moyen de tenter de te faire partager ce fameux bonheur…
C’est une façon d’essayer de partager avec toi, ce qu’on vit dans nos choix de vie même s’ils sont très différents…
C’est, probablement, aussi, une technique pour contrecarrer, quelque peu, les plans de mon handicap de l’amitié !

Merci d’avoir été et d’être toujours dans ma vie !

Prenez soin de vous et croyez en vos rêves, vous méritez qu’ils se réalisent !

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  • Laetitia

    Et là ! Quiconque se dit ton ami sait ce qui te caractérise : un Aventurier intéressé par l’Autre et curieux de la vie et du monde. Merci pour ce mot (j espère donc faire partie de ceux à qui tu penses de temps en temps). Je voulais te répondre : de l’autre côté du monde, les sentiments sont identiques. Est ce que toi, Antoine, tu deviens ce que tu souhaites ? Es-tu heureux ? Et en même temps, on a envie de poser la question toute simple : une bière ce soir pour refaire le monde ? Nous aussi on se trouve futile avec nos soucis quotidiens et nos vies tellement différentes ! Nous aussi on se dit qu’on a l’air con de te déranger au paradis des kangourous ! On se dit qu’il y a le décalage d’horaire, que tu dois être occupé à chercher un wifi gratuit, que tu as peut-être mieux à vivre… Allez Antoine, reviens, juste un petit peu, on aura bien du temps et l’envie de te voir. Et moi j’ai envie de te dire comment je deviens, en vrai face à face ! Et arrête moi ces postes, tu vas me faire chialer !

    • Ben non, ne pleure pas, sinon je vais devoir vivre avec le fait qu’en plus de
      ne pas t’appeler, je te fais pleurer… lol
      Mais ça me fait plaisir de savoir
      qu’on se trouve tous les mêmes excuses et qu’on est tous peut être un peu des
      handicapés de l’amitié…
      Bientôt, on partagera une bière et on refera le monde… 😉