la revolte d' eureka - Ballarat- allégeance à la croix du Sud - Charles Doudiet
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Nous avons découvert la révolte d’Eureka en visitant Ballarat et son musée vivant de la ruée vers l’or. C’est un évènement majeur pour la démocratie australienne, ce symbole de la lutte contre l’oppression impérialiste et le début du sentiment de citoyenneté australienne, la fameuse « Eureka stockade ». Un véritable tournant dans l’histoire de l’Australie.

Revenons, d’abord, un peu en arrière et parlons du contexte.
Nous sommes en 1851. Les premiers colons anglais sont arrivés à Sydney, il y a 60 ans. Melbourne est un petit village, créé il y a 15 ans. Nous sommes au début de l’histoire de l’Australie qu’on connait aujourd’hui et il reste encore de nombreux territoires inexplorés sur le continent.

Il y a de l’or dans le Victoria

Le 12 aout 1851, le journal « Geelong Advertiser » titre que de l’or a été trouvé à proximité de Ballarat. Le bruit court rapidement que l’or se ramasse à même la rivière et les prospecteurs arrivent rapidement en masse.
C’est le début de l’essor du Victoria et de Melbourne, particulièrement.
De 70 000 personnes, en 1851, la population de l’état passe à plus de 500 000 personnes, 10 ans plus tard.
Rien que les 2 premières années, plus de 200 000 personnes (en majorité des Chinois et des Irlandais) débarquent pour chercher la fortune !

la révolte d' eureka - Ballarat Nerrena

Chercheurs d’or à Nerrena, aux alentours de Ballarat

Pour gérer cet énorme afflux de population, le gouverneur de la colonie met rapidement en place une commission de l’or pour gérer, avec l’aide de la garnison de l’armée britannique présente, la police et les permis de concession.
Le permis de concession (littéralement permis de mineur, « miner’s licence »), renouvelable tous les mois, est un papier (cher et sans rapport avec l’or récolté) qui autorise l’exploitation d’une surface d’un peu moins de 4 mètres carrés.
Le permis, c’est la taxe que prend l’état, à travers la commission sur le travail des mineurs.

La vie de mineur en 1851

la revolte d' eureka - village Ballarat 1850

Village de chercheurs d’or dans les années 1850

L’espoir des mineurs, chercheurs d’or, c’est bien sûr de devenir riche.
Mais ces rêves ne se réalisent que pour une petite minorité et en attendant, la vie sur les concessions n’était pas facile.
Les premières années, les mineurs vivent dans des abris de fortune.
Il y a de petits commerces, mais avec l’augmentation constante de population, il n’y a pas assez de denrées pour tout le monde.
Le travail était très dur, les bagarres d’ivrognes régulières et la sécurité inexistante. Certains ont vite compris qu’il était plus rentable de voler l’or aux chanceux que de l’extraire soi-même.
De plus, la cohabitation de cultures très différentes était parfois difficile.
Et comme si ce n’était pas assez, la commission, ne trouvant personne intéressé par le maigre salaire de policier, fit venir des forçats pour faire régner l’ordre (et surtout contrôler les permis). Cherche l’erreur…

Rapidement, les camps de mineurs deviennent des masses de tentes insalubres ou les gens vivent dans des conditions sordides, sous un soleil de plomb, sans savoir s’ils auront la chance de manger le lendemain ou s’ils ne se feront pas agresser tant par les voleurs que par la police.
Ils avaient l’espoir de devenir riches, mais dans ces conditions, l’espoir ne reste pas longtemps. Et, malgré les désillusions, l’attrait de l’or continu d’attirer tous les jours plus de monde.

la revolte d' eureka - la mine du Victoria en 1852

Les mines du Victoria en 1852, ST Gill

Il y a plusieurs versions de l’Histoire sur la suite des évènements.
D’un côté, la commission gouvernementale prétendait que de nombreuses concessions n’avaient pas de permis, de l’autre, les mineurs se plaignaient des abus de pouvoir de la « police » qui déchirait régulièrement les permis pour percevoir la taxe une seconde fois.

Rapidement, des tensions sont apparues entre les mineurs et les représentants de l’état (à Ballarat, mais aussi dans les autres villes aurifères, comme Bendigo). Il faut rappeler qu’à cette époque, à Melbourne, 2/3 des représentants étaient élus par le peuple alors que dans ce qui était devenu des « villes » aurifères, les responsables étaient désignées par le gouverneur.
Cette non-démocratie a vite répandu un air de protestation qui allait se transformer en tempête.

Les prémices de la révolte d’Eureka

En octobre 1854, un évènement vient envenimer la situation et précipite la révolte.
James Bentley, le propriétaire de l’hôtel Eureka, est acquitté pour le meurtre d’un mineur écossais. Les rumeurs de corruption vont bon train et la situation dégénère.
Le 17 octobre 1854, une foule en colère brule l’établissement de Bentley, l’hôtel d’Eureka.
C’est le début d’un mouvement de protestation qui prendra plus tard le nom d’Eureka Stockade (littéralement les palissades d’Eureka).

la revolte d' eureka - Ballarat incendie de l'hôtel - Charles Doudiet

L’incendie de l’hôtel d’Eureka, Charles Doudiet

Tentative de négociation

La pression monte et des groupes de mineurs se forment avec chacun leurs revendications.
La commission de l’or, sent venir le désordre et demande des renforts à l’armée coloniale anglaise basée à Melbourne.

L’opposition à la commission est forte et les principales réclamations concernent le permis de mineur.
Les gens disent que les dirigeants qu’on ne choisit pas et qui imposent les taxes sont des tyrans.

La commission et la police, largement inférieure en nombre, ont peur d’une attaque et, en attendant les renforts, fortifient le camp gouvernemental.
Aucune attaque n’est cependant menée.

Dans les jours qui suivent, l’opposition s’organise. Différents groupes sont créés, dont les plus importants sont la « Digging Right Society » (Société de droit des mineurs) et la « Ballarat Reform League » (Ligue des réformes de Ballarat).
En plus de l’abolition du permis, il réclame le droit de vote pour tous les hommes (non-aborigènes) et une réforme du droit de propriété.

Durant les semaines suivantes, plusieurs tentatives de négociations avec le gouverneur et la commission sont menées par ces nouveaux groupes, mais elles restent infructueuses.
Au contraire, la présence policière est renforcée et d’autres renforts sont demandés.
Le 28 novembre 1854, 11 jours après les premiers incidents, les renforts arrivent. Mais ce ne sont que des soldats blessés qui atteignent Ballarat.
Ils ont été attaqués en chemin par des mineurs !

La révolte d’Eureka est en marche.

Le lendemain de cette attaque, l’échec des négociations est déclaré et, dans un acte de désobéissance civile ultime, une grande partie des mineurs déchire leur permis.

la revolte d' eureka - Ballarat- allégeance à la croix du Sud - Charles Doudiet

Allégeance à la croix du sud, Charles Doudiet

En réponse, le 30 novembre 1854, le commissaire ordonne de reprendre les contrôles de permis, au moins, autour du camp gouvernemental. La foule empêche les arrestations et par défiance, prête serment à un nouveau drapeau, le « Southern Cross Flag » (drapeau de la Croix du Sud). Un drapeau, c’est une nation. Et celui-ci exclut volontairement toute trace du drapeau britannique. Le symbole est fort !

la revolte d' eureka - Ballarat - Drapeau

Drapeau original de la croix du sud conservé au musée de la démocratie de Ballarat

La tension est à son comble et, dans la nuit, des barricades sont érigées pour protéger les 1500 hommes qui prennent part à cette révolte.
(Ces défenses n’auraient été rien de plus que quelques chariots renversés qui servaient plus à garder les hommes ensemble qu’à les protéger.)
Mais, la barricade n’est pas attaquée et beaucoup de mineurs retournent rapidement à leur travail. Seules quelque 150 fortes têtes (en majorité des Irlandais) restent derrière les « palissades d’Eureka ».

La bataille d’Eureka, J. B. Henderson

La bataille d’Eureka, J. B. Henderson

Ce n’est que 3 jours plus tard, le 2 décembre, que le gouvernement attaqua la barricade avec plus de 250 soldats et policiers.
La révolte d’Eureka fut écrasée, plus d’une vingtaine d’hommes tués et une douzaine blessés.
La victoire fut totale.

L’autorité de la commission était maintenant incontestable et les anciennes règles furent remises en place avec encore plus de rigueur.

Le procès de la révolte d’Eureka

Les meneurs furent jugés à Melbourne en janvier et février 1855. C’est à ce moment que la bataille qui semblait perdue a pris un tout autre sens.
L’opinion publique fut fortement choquée par la violence avec laquelle la révolte d’Eureka a été mise au pas et le peuple de Melbourne accusa le commissaire général de tyrannie et d’utilisation excessive de la force.
Sous la pression de la rue, au fur et à mesure des jugements, les verdicts furent de plus en plus cléments jusqu’à l’annulation des sentences et l’acquittement de tous.
Le commissaire fut muté au fin fond du Victoria et plus personne n’entendit parler de lui.

Les réformes réclamées par les groupes de mineurs aboutirent dans l’année qui suivit.
Le permis de concession fut remplacé par une faible taxe d’exploitation ainsi qu’une taxe sur l’exportation.
L’année suivante, le 13 mars 1856, l’Electoral Act est voté par le parlement du Victoria. Il accorde le droit de vote à tous les hommes de plus de 21 ans (excepté les aborigènes).

Paradoxalement, à Ballarat, la sanglante révolte d’Eureka a été vite oubliée pour laisser place au travail. L’oubli fut tel, que l’on n’est pas certains, aujourd’hui, de l’endroit exact où aurait été montée la barricade.

La révolte d’Eureka : un symbole

L’importance donnée à cet évènement à fort probablement été exagérée comparée à ce que les mineurs souhaitaient et la façon dont ils l’ont vécu à l’époque.
Mais, avec le temps, la révolte d’Eureka est devenue le symbole de la démocratie australienne.

Aujourd’hui, pour beaucoup d’Australiens, c’est aussi le symbole de la révolte des hommes libres contre le tyran impérialiste, de la libre entreprise indépendante face aux taxes et du combat des travailleurs contre une classe dirigeante privilégiée.

J’ai lu quelques parts, qu’elle aurait même inspiré Ned Kelly, le célèbre Robin des bois australien. Un autre héros et symbole de l’Australie.
(Un film, sur ce dernier, avec Heather Ledger, Orlando Bloom, Naomi Watts, est sorti en 2003. Il raconte son histoire et celle de sa légendaire armure.)

La plus haute tour d’Australie, qui se situe à Melbourne, porte le nom de la fameuse barricade (Eureka Tower).
Le sentiment de défiance envers le tyran et l’importance de la liberté d’entreprendre sont, encore aujourd’hui, des valeurs fortes en Australie.

Pour en découvrir plus sur cette époque et cet épisode important de l’histoire australienne, n’hésite pas à aller visiter le musée vivant de Sovereign Hill à Ballarat. Tous les soirs, ils organisent un spectacle son et lumière sur le thème de la révolte d’Eureka.
Ballarat abrite également le musée de la démocratie australienne d’Eureka, mais nous n’avons pas eu le temps de le visiter.

Que penses-tu de cette épisode de l’histoire ? Tu savais que c’était la dernière fois que les australiens avaient défendu leur droits par la violence ?

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