Bunjil, l etre ancestral des aborigenes des grampians

Une légende aborigène de plus ! Elle parle des Grampians et raconte, d’abord, comment l’être ancestral, Bungil l’aigle, a créé la région que les aborigènes appellent Gariwerd. Puis, comment les frères Bram-Bram-Bult, Tchingal l’émeu, et Waa le corbeau, ont terminé de façonner le paysage et la nature du pays des Jardwadjali et des Djab Wurrung.

Nous partirons bientôt visiter les Grampians. Il y a, là-bas, plus de 60 sites aborigènes, dont 5 accessibles au public. En plus, le centre culturel aborigène est bien assez actif.
Les aborigènes des Grampians sont des groupes différents des aborigènes de Melbourne, ce sont les Jardwadjali et les Djab Wurrung. Mais, comme dans la nation Kulin dont j’ai déjà parlé (clique sur le lien😉), on retrouve Bungil l’Aigle, dans cette histoire de création qui se passe dans le temps du rêve.

La légende suivante le récit de la création de Gariwerd qui nous a été raconté au Brambuk cultural centre de Halls Gap…

Coup de bol pour toi, pour un festival, le centre en a même fait une vidéo. Et parce que je t’aime bien, je l’ai traduite en dessous !

La légende de la création de Gariwerd

Traduction de la légende aborigène de Tchingal, Bunjil et de la création de Gariwerd :

Dans le temps avant le temps, l’Esprit du Grand Ancêtre, Bunjil, a commencé à créer le monde que nous voyons autour de nous. Les montagnes, les lacs, les forêts et les rivières, les plaines et les mers. Il a créé toutes les plantes et tous les animaux.

Quand il eut fini de créer la belle chaine de montagnes de grès de Gariwerd, il reprit la forme de l’Aigle afin qu’il puisse voir son travail. Il a regardé les falaises et les montagnes. Il a écouté le son de l’eau qui gouttait, après la pluie, et qui s’agitait dans les cascades. Il a regardé les plantes et les animaux pousser, depuis la mousse et de minuscules brins d’herbe, jusqu’aux arbres grands et solides, depuis les oiseaux qui volaient, jusqu’aux animaux qui creusaient le sol.

Bunjil, l etre ancestral des aborigenes des grampians

Bunjil avait un endroit spécial près de Gariwerd. De là, il pouvait surveiller au-dessus des montagnes, avec ses deux assistants, deux wirringans (des dingos).

Bunjil a désigné deux frères, les frères Bram-Bram-Bult, les fils de Druk la grenouille, pour terminer la tâche qu’il s’était fixée. Leur travail était d’apporter de l’ordre au nouveau monde. Nommer les animaux et les créatures, pour faire les langages et donner les lois.

À la fin de son temps sur terre, Bunjil se leva dans le ciel et devint une étoile. Il est toujours là, aujourd’hui, comme protecteur du monde naturel, de son peuple et de ses croyances.

Pendant ce temps, les frères Bram-Bram-Bult avaient un gros travail pour trier les choses ici sur terre.
Il y avait un énorme et féroce émeu appelé Tchingal qui vivait de la chair des hommes et des
animaux. Sa maison était dans la cambrousse de Malee (eucalyptus locaux). Là-bas, il avait pondu un œuf énorme.

Un jour pendant que Tchingal était loin du nid, Waa le Corbeau vola au-dessus.
Se sentant en appétit, Waa décida de manger l’œuf. Il se rassasiait joyeusement, quand
Tchingal revint.
Le monstrueux émeu était furieux. Waa prit la fuite à travers le pays vers Gariwerd, avec Tchingal juste derrière lui.

Comme il s’approchait des montagnes, Waa vit une fissure dans les montagnes devant lui. Il se réfugia dedans, pensant qu’il y serait protégé de Tchingal.
Mais Tchingal se jeta sur la montagne et la frappa d’un puissant coup de pied.
La montagne s’ouvrit sous la force de l’impact, libérant un ruisseau de montagne et créant une vallée : Barigar, également appelé Rose’s Gap.

L’émeu vit Waa s’envoler vers l’ouest.
Il le poursuivit, à travers Barigar, jusqu’à l’autre côté de la montagne.
Waa trouva une autre fissure dans la montagne. Désespérément, il tenta de s’y cacher, mais à nouveau Tchingal jeta un puissant coup de pied à la roche et la cassa net. C’est ainsi que Jananginj Njaui (Victoria Gap) a été formé et que Bugara (rivière Glenelg) se déverse sur les plaines occidentales.

Le soleil se rapprochait de l’horizon, alors Tchingal décida d’établir son campement au pied du nouvel écart. C’est pourquoi l’endroit s’appelle Jananginj Njaui, ce qui signifie
« Le soleil s’en ira ».

Le lendemain matin, Waa se leva tôt et s’échappa vers le marais Moora Moora. Comme c’était son site-totem, et donc un territoire sacré, il était interdit à Tchingal de suivre là-bas.
(photo coucher de soleil Grampians avec corbeau)

Tchingal était en colère, mais il était aussi très affamé. Juste à ce moment, il vit un homme,
Bunya, qui chassait au loin. Il décida de s’en faire un repas.
Quand Bunya, qui n’était pas très courageux, se rendit compte que l’émeu était après lui, il partit, aussi vite qu’il le pouvait.
Au lieu d’utiliser ses lances pour se protéger, comme un guerrier l’aurait fait, il les jeta au sol et grimpa dans un grand arbre.
Tchingal, ne sachant pas escalader, décida d’attendre. Il savait que Bunya devrait descendre à un moment.

Tchnigal l'emeu

Pendant ce temps, Waa le Corbeau avait volé au nord, où les frères Bram-Bram-Bult étaient restés. Il leur parla de sa fuite effrénée et de la férocité de Tchingal. Déjà en colère contre l’émeu pour ses mauvaises actions, les deux frères décidèrent de le punir.
Ils descendirent dans les montagnes et virent ce qu’ils pensaient être une étoile filante briller. C’était l’œil de Tchingal.
En approchant de l’oiseau par différentes directions, les frères s’approchèrent et jetèrent leurs lances. Une frappa l’émeu dans la poitrine, une autre, dans la croupe, et la dernière, dans le
cou. Tchingal était furieux et enragé contre les deux frères, mais il était mortellement blessé.
Il courut vers les plaines du Nord, tout en perdant son sang. Il mourut rapidement, mais le chemin du sang qu’il laissa derrière devint la rivière Wimmera.

Les Bram-Bram-Bult s’approchèrent maintenant de l’arbre où Bunya s’était caché. Ils lui dirent de descendre, mais Bunya avait trop peur et leur dit qu’il resterait là jusqu’à ce qu’il soit certain que Tchingal était mort.
Le frère aîné se fâcha contre tant de lâcheté. Il agita sa lance et transforma Bunya en opossum. De cette façon, il pourrait toujours rester dans les arbres et n’en descendre que la nuit pour chasser.

Atteignant l’endroit où Tchingal était mort, les frères ont arraché toutes les plumes de l’émeu. En divisant chaque plume en deux parties égales. Ils jetèrent une moitié vers la gauche, l’autre, vers la droite, faisant deux piles de plumes d’émeus. Chacun de la taille des émeus d’aujourd’hui.
Le fractionnement des plumes peut toujours être vu sur tous les émeus. Leurs plumes sont doubles, avec deux moitiés séparées.

Après avoir festoyé en mangeant la chair de Tchingal, tous les gens se mirent en route pour collecter son œuf. Mais, ce dernier était tellement lourd que personne n’arriva à le soulever, jusqu’à ce que Babimbal, le passereau (Wattlebird), arrive. Il était très fort et réussit à porter l’œuf à Horsham, où il fut cuit et transformé en festin.
Babimbal eut l’honneur de distribuer les plats, et, ce faisant, il s’est éclaboussé avec un peu de jaune, créant les couleurs qu’il a aujourd’hui.

Un passereau – Photo de JJ Harrison (jjharrison89@facebook.com)

Avant de partir, les Bram-Bram-Bult ordonnèrent aux émeus de diviser leur seul grand œuf en plusieurs, plus petits, de sorte qu’ils ne seraient pas aussi protecteurs que Tchingal l’a été.
De cette façon, ils espéraient préserver la paix.

Maintenant, si vous regardez la Croix du Sud, vous pouvez voir cette histoire racontée dans les étoiles.
À la tête de la Croix, il y a Bunya, l’opossum timide.
Trois des étoiles en dessous sont les lances lancées par les Bram-Bram-Bult. La grande étoile occidentale est la lance qui a frappé Tchingal dans la poitrine, la petite étoile, à côté de celle-ci, est la lance qui a traversé son cou et l’étoile au fond de la Croix est la lance qui l’a frappé dans la croupe.
Tchingal, lui-même est la forme sombre qui se trouve à côté de la Croix du Sud.
L’étoile orientale de la croix est Druk la grenouille, la mère des Bram-Bram-Bult, et les deux frères sont les étoiles, à gauche de la Croix du Sud. Waa, le Corbeau, est à une distance sure de l’autre côté du ciel, c’est l’étoile que nous connaissons comme Canopus.

Réflexion sur l’histoire de la création de Gariwerd

En discutant un peu plus avec le guide, il nous a laissé sous-entendre certains éléments :

  • La complexité du récit : cette légende aborigène semble très complexe par rapport à celle que j’ai déjà entendue. Il semble que ce soit en fait un assemblage de plusieurs légendes. Si c’est le cas, il y a probablement d’autres parties qui ont été laissées de côté et qui sont encore à découvrir…
  • Son origine : C’est ancestral… mais pas vraiment si ancestral que ça apparemment, puisque la légende est tirée d’un film écrit par Martin Gordon sur l’histoire de la création de Gariwerd (« creation story of Gariwerd ») sorti en 1998.
    Je n’ai pas trouvé plus d’informations sur l’origine de ce récit ou même sur le film. Mais est-ce que la culture doit absolument être ancienne pour être authentique ? Est-ce que l’authenticité ce n’est pas la valeur que cette légende a pour les aborigènes d’aujourd’hui ?
  • Le nom de Bunjil : En cherchant un peu, j’ai trouvé que l’aigle est aussi appelé Werpil à certains endroits. Je me demande donc si Werpil n’est pas le nom original du principal être ancestral des Jardwadjali et les Djab Wurrung. Ces derniers font partie d’un groupe linguistique différent des aborigènes de Melbourne : les Wotjobaluk (d’où le nom de la vidéo). Bunjil et Werpil ne sont pas si éloignés phonétiquement…
    Est-ce que ca serait une évolution du nom ? Après tout, le Brambuk cultural centre donne aussi des initiations au didjeridoo qui est un instrument qu’on ne retrouve normalement que dans le nord de l’Australie… Mais après tout, est-ce que les blancs sont les seuls à pouvoir globaliser la culture ?

En conclusion, c’était vraiment cool d’entendre la légende. Ca nous permet de découvrir et de comprendre un peu plus la culture des aborigènes d’Australie. Malgré tout, en cherchant un peu plus, ca laisse encore tellement de questions sur la place, aujourd’hui, des aborigènes d’Australie.
Simplement, pourquoi cette légende, reprise par le centre culturel des Grampians, provient-elle d’un écrivain blanc ?
Très honnêtement, je ne sais pas quoi en penser…
Et toi, qu’est-ce que tu en penses ?

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