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Légende aborigène des Grampians – l’histoire de la création de Gariwerd

Bunjil, l etre ancestral des aborigenes des grampians
Temp de lecture approximatif : 2 minutes et 28 secondes

Une légende aborigène de plus ! Elle parle des Grampians et raconte, d’abord, comment l’être ancestral, Bungil l’aigle, a créé la région que les aborigènes appellent Gariwerd. Puis, comment les frères Bram-Bram-Bult, Tchingal l’émeu, et Waa le corbeau, ont terminé de façonner le paysage et la nature du pays des Jardwadjali et des Djab Wurrung.


Nous partirons bientôt visiter les Grampians. Il y a, là-bas, plus de 60 sites aborigènes, dont 5 accessibles au public.

Pour notre plus grand plaisir, pendant la préparation de ce road trip, j’ai trouvé une vidéo très bien réalisée de l’histoire de la création de Gariwerd.
Les aborigènes des Grampians sont des groupes différents des aborigènes de Melbourne, ce sont les Jardwadjali et les Djab Wurrung. Mais, comme dans la nation Kulin dont j’ai déjà parlé (clique sur le lien😉), on retrouve Bungil l’Aigle, dans cette histoire de création qui se passe dans le temps du rêve.

Mais je n’en dis pas plus, voilà la vidéo. La traduction est en dessous.

Traduction française de la légende aborigène de la création de Gariwerd (les Grampians)

Dans le temps avant le temps, l’Esprit du Grand Ancêtre, Bunjil, a commencé à créer le monde que nous voyons autour de nous. Les montagnes, les lacs, les forêts et les rivières, les plaines et les mers. Il a créé toutes les plantes et tous les animaux.

Bunjil, l etre ancestral des aborigenes des grampiansQuand il eut fini de créer la belle chaine de montagnes de grès de Gariwerd, il reprit la forme de l’Aigle afin qu’il puisse voir son travail. Il a regardé les falaises et les montagnes. Il a écouté le son de l’eau qui gouttait, après la pluie, et s’agitant dans les cascades. Il a regardé les plantes et les animaux pousser, depuis la mousse et de minuscules brins d’herbe, jusqu’aux arbres grands et solides, depuis les oiseaux qui volaient, jusqu’aux animaux qui creusaient le sol.

Bunjil avait un endroit spécial près de Gariwerd. De là, il pouvait surveiller au-dessus des montagnes, avec ses deux assistants, deux wirringans (des dingos).

Bunjil a désigné deux frères, les frères Bram-Bram-Bult, les fils de Druk la grenouille, pour terminer la tâche qu’il s’était fixée. Leur travail était d’apporter de l’ordre au nouveau monde. Nommer les animaux et les créatures, pour faire les langages et donner les lois.

À la fin de son temps sur terre, Bunjil se leva dans le ciel et devint une étoile. Il est toujours là, aujourd’hui, comme protecteur du monde naturel, de son peuple et de ses croyances.

Pendant ce temps, les frères Bram-Bram-Bult avaient un gros travail pour trier les choses ici sur terre.
Il y avait un énorme et féroce émeu appelé Tchingal qui vivait de la chair des hommes et des
animaux. Sa maison était dans la cambrousse de Malee (eucalyptus locaux). Là-bas, il avait pondu un œuf énorme.

Un jour pendant que Tchingal était loin du nid, Waa le Corbeau vola au-dessus.
Se sentant en appétit, Waa décida de manger l’œuf. Il se rassasiait joyeusement, quand
Tchingal revint.
Le monstrueux émeu était furieux. Waa prit la fuite à travers le pays vers Gariwerd, avec Tchingal juste derrière lui.

Comme il s’approchait des montagnes, Waa vit une fissure dans les montagnes devant lui. Il se réfugia dedans, pensant qu’il y serait protégé de Tchingal.
Mais Tchingal se jeta sur la montagne et la frappa d’un puissant coup de pied.
La montagne s’ouvrit sous la force de l’impact, libérant un ruisseau de montagne et créant une vallée : Barigar, également appelée Rose’s Gap.

L’émeu vit Waa s’envoler vers l’ouest.
Il le poursuivit, à travers Barigar, jusqu’à l’autre côté de la montagne.
Waa trouva une autre fissure dans la montagne. Désespérément, il tenta de s’y cacher, mais à nouveau Tchingal jeta un puissant coup de pied à la roche et la cassa net. C’est ainsi que Jananginj Njaui (Victoria Gap) a été formé et que Bugara (rivière Glenelg) se déverse sur les plaines occidentales.

Le soleil se rapprochait de l’horizon, alors Tchingal décida d’établir son campement au pied du nouvel écart. C’est pourquoi l’endroit s’appelle Jananginj Njaui, ce qui signifie
« Le soleil s’en ira ».

Le lendemain matin, Waa se leva tôt et s’échappa vers le marais Moora Moora. Comme c’était son site-totem, et donc un territoire sacré, il était interdit à Tchingal de suivre là-bas.
(photo coucher de soleil Grampians avec corbeau)

Tchingal était en colère, mais il était aussi très affamé. Juste à ce moment, il vit un homme,
Bunya, qui chassait au loin. Il décida de s’en faire un repas.
Quand Bunya, qui n’était pas très courageux, se rendit compte que l’émeu était après lui, il partit, aussi vite qu’il le pouvait.
Au lieu d’utiliser ses lances pour se protéger, comme un guerrier l’aurait fait, il les jeta au sol et grimpa dans un grand arbre.
Tchingal, ne sachant pas escalader, décida d’attendre. Il savait que Bunya devrait descendre à un moment.

Tchnigal l'emeuPendant ce temps, Waa le Corbeau avait volé au nord, où les frères Bram-Bram-Bult étaient restés. Il leur parla de sa fuite effrénée et de la férocité de Tchingal. Déjà en colère contre l’émeu pour ses mauvaises actions, les deux frères décidèrent de le punir.
Ils descendirent dans les montagnes et virent ce qu’ils pensaient être une étoile filante briller. C’était l’œil de Tchingal.
En approchant de l’oiseau par différentes directions, les frères s’approchèrent et jetèrent leurs lances. Une frappa l’émeu dans la poitrine, une autre, dans la croupe, et la dernière, dans le
cou. Tchingal était furieux et enragé contre les deux frères, mais il était mortellement blessé.
Il courut vers les plaines du Nord, tout en perdant son sang. Il mourut rapidement, mais le chemin du sang qu’il laissa derrière devint la rivière Wimmera.

Les Bram-Bram-Bult s’approchèrent maintenant de l’arbre où Bunya s’était caché. Ils lui dirent de descendre, mais Bunya avait trop peur et leur dit qu’il resterait là jusqu’à ce qu’il soit certain que Tchingal était mort.
Le frère aîné se fâcha contre tant de lâcheté. Il agita sa lance et transforma Bunya en opossum. De cette façon, il pourrait toujours rester dans les arbres et n’en descendre que la nuit pour chasser.

Atteignant l’endroit où Tchingal était mort, les frères ont arraché toutes les plumes de l’émeu. En divisant chaque plume en deux parties égales. Ils jetèrent une moitié vers la gauche, l’autre, vers la droite, faisant deux piles de plumes d’émeus. Chacun de la taille des émeus d’aujourd’hui.
Le fractionnement des plumes peut toujours être vu sur tous les émeus. Leurs plumes sont doubles, avec deux moitiés séparées.

babimbal, le passereaux de la legende aborigene de gariwerd

Photo de JJ Harrison (jjharrison89@facebook.com)

Après avoir festoyé en mangeant la chair de Tchingal, tous les gens se mirent en route pour collecter son œuf. Mais, ce dernier était tellement lourd que personne n’arriva à le soulever, jusqu’à ce que Babimbal, le passereau (Wattlebird), arrive. Il était très fort et réussit à porter l’œuf à Horsham, où il fut cuit et transformé en festin.
Babimbal eut l’honneur de distribuer les plats, et, ce faisant, il s’est éclaboussé avec un peu de jaune, créant les couleurs qu’il a aujourd’hui.

Avant de partir, les Bram-Bram-Bult ordonnèrent aux émeus de diviser leur seul grand œuf en plusieurs, plus petits, de sorte qu’ils ne seraient pas aussi protecteurs que Tchingal l’a été.
De cette façon, ils espéraient préserver la paix.

Maintenant, si vous regardez la Croix du Sud, vous pouvez voir cette histoire racontée dans les étoiles.
À la tête de la Croix, il y a Bunya, l’opossum timide.
Trois des étoiles en dessous sont les lances lancées par les Bram-Bram-Bult. La grande étoile occidentale est la lance qui a frappé Tchingal dans la poitrine, la petite étoile, à côté de celle-ci, est la lance qui a traversé son cou et l’étoile au fond de la Croix est la lance qui l’a frappé dans la croupe.
Tchingal, lui-même est la forme sombre qui se trouve à côté de la Croix du Sud.
L’étoile orientale de la croix est Druk la grenouille, la mère des Bram-Bram-Bult, et les deux frères sont les étoiles, à gauche de la Croix du Sud. Waa, le Corbeau, est à une distance sure de l’autre côté du ciel, c’est l’étoile que nous connaissons comme Canopus.

Réflexion sur l’histoire de la création de Gariwerd

En poussant un peu plus mes recherches, j’ai relevé quelques éléments intrigants dans cette légende.

  • La complexité du récit : cette légende aborigène semble très complexe par rapport à celle que j’ai déjà lue. J’ai l’impression que c’est un assemblage de plusieurs légendes. Si c’est le cas, il y a probablement d’autres parties qui ont été laissées de côté et qui sont encore à découvrir…
  • Son origine : Elle est tirée d’un film écrit par Martin Gordon sur l’histoire de la création de Gariwerd (« creation story of Gariwerd ») sorti en 1998.
    Je n’ai pas trouvé plus d’informations sur l’origine de ce récit ou même sur le film. Cela dit, la légende est racontée par le centre culturel aborigène Brambuk, ce qui laisse supposer de son authenticité.
    Du coup, même si elle était racontée différemment dans le passé, c’est comme ça que les aborigènes la racontent aujourd’hui.
  • Le nom de Bunjil : L’aigle est aussi appelé Werpil à certains endroits. Je me demande donc si Werpil n’est pas le nom original du principal être ancestral des Jardwadjali et les Djab Wurrung. Ces derniers font partie d’un groupe linguistique différent des aborigènes de Melbourne : les Wotjobaluk (d’où le nom de la vidéo). Bunjil et Werpil ne sont pas si éloignés phonétiquement…
    Est-ce que Werpil a été changé en Bunjil pour des raisons « commerciales » ? Bunjil étant plus connu à Melbourne, cela faciliterait la compréhension du visiteur.
    Dans le même ordre d’idée « commerciale », le centre culturel aborigène des Grampians Brambuk donne des initiations au didgeridoo alors que cet instrument n’était utilisé que par les aborigènes du nord de l’Australie…
    As-tu une autre théorie sur le sujet ?

En conclusion, je trouve cette légende très intéressante, mais les remarques précédentes me font me poser encore plus de questions sur la place, aujourd’hui, des aborigènes d’Australie.
Pourquoi cette légende, reprise par le centre culturel des Grampians, provient-elle d’un écrivain blanc ?
Très honnêtement, je ne sais pas quoi en penser…
On en saura peut-être plus après avoir visité les Grampians !

Qu’en penses-tu ? As-tu plus d’informations ?
As-tu entendu d’autres légendes sur Gariwerd (les Grampians) ou les alentours ?

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